Pour l’opposition comme pour la société civile, tenir une manifestation à Moroni relève de l’impossible depuis au moins début 2018, en amont de la réforme constitutionnelle. Le préfet du centre (Moroni et sa région de Bambao), Salim Mohamed Soilihi, devenu célèbre par sa promptitude à étouffer tout mouvement contestataire dans la capitale à coup d’arrêtés et autres réquisitions des forces publiques, a accepté de répondre à nos questions.
Question : Les ruptures de stock des imprimés des documents d’état civil sont très fréquentes. Comment expliquez-vous ce cycle infernal ?
Salim Mohamed Soilihi : Déjà je suis très mal placé pour répondre cette question car ça ne relève pas de mes compétences. Tout ce qui est pénurie ou gestion des imprimés ça ne m’appartient pas. Donc, les raisons pour lesquelles les imprimés manquent, je les ignore. Il y a par contre un système d’achat et un nombre d’imprimés destinés à la mairie. Et nous, préfecture, faisons notre travail mais les problèmes qui se posent souvent ici les gens ne savent pas distinguer le travail de la préfecture et celui de la mairie. Il nous arrive d’être pointé du doigt pour un dossier qui relève de la mairie. Tout ce qui est gestion et stock des imprimées et de documents d’état civil dépend de la trésorerie générale.
Question : Choisir un fournisseur local ne vous permettrait-il pas d’éviter ce genre de désagrément ?
Salim Mohamed Soilihi : Encore une fois je suis très incompétent pour répondre à cette question. Je sais que notre fournisseur travaille avec la trésorerie générale. C'est elle qui est chargée de l'achat et tout ce qui est imprimé pour l'état civil. Donc ça ne relève pas de moi. Ça relève plutôt de la mairie de Moroni.
Question : Parlons des libertés fondamentales. Il est très difficile de tenir une manifestation populaire dans la capitale. Pourquoi ?
Salim Mohamed Soilihi : Depuis le 20 mai 2020 une note interdisant les manifestations et rassemblement ou attroupement dans la région de Bambao a été publiée. C’est pour des raisons sanitaires, la Covid-19 notamment, que le gouvernement a pris cette décision.
Question : Pourquoi les mesures qui s’appliquent aux uns, ne s’appliquent pas aux autres ? Je veux parler des partisans du régime qui tiennent diverses manifestations dans la capitale en toute quiétude. Plus intéressant encore, sans même vous avertir, pendant que les autres sont poussés dans leurs derniers retranchements.
Salim Mohamed Soilihi : J’ai le droit d’interdire toute manifestation ou tout rassemblement susceptible de compromettre la sécurité civile et l’ordre public. Ça fait partie des missions qui me sont conférées, en tant que représentant du gouvernement dans la région de Bambao. Je suis en mesure de vous confirmer que le gouvernement ne peut, en aucun cas, organiser un événement à Moroni sans m’avoir averti.
Question : Vous interdisez une manifestation parce que, entre autres raisons, la partie demandeuse « n’a pas une existence légale ». Quelle loi de la République interdit les citoyens de se regrouper de façon informelle dans le but de poursuivre des objectifs communs ?
Salim Mohamed Soilihi : Il s’agit d’une toute autre procédure administrative. Il faut souligner que dans tous les pays, toutes les libertés sont encadrées par des lois. Et ces lois, c’est à vous journalistes de les chercher et de les faire connaitre. Mais je crois savoir où vous voulez en venir : les manifestations de Mabedja à Moroni. Les Mabedja m’ont envoyé une déclaration, mais cette dernière ne fait mention d’aucun équipement sonore ou lumineux consistant à avertir efficacement les individus constituant l’attroupement. C’est l’une des raisons qui expliquent leur interdiction de se rassembler à Moroni.
Question : Vous vous approchez de la retraite, Monsieur. Ne craignez-vous pas que, dans la postérité, vous incarniez le visage de la répression ?
Salim Mohamed Soilihi : Je fais ce qui me parait juste. Si les gens pensent le contraire, en tout cas moi je n’agis que pour le droit.
Propos recueillis par Kamal Gamal
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