Sous l’égide du bureau Interpol Comores, la police nationale a annoncé la création de deux brigades spécialisées : l’une contre la cybercriminalité et l’autre contre la criminalité liée à la propriété intellectuelle. Le commissaire Aboubacar Ahmed Mze, directeur d’Interpol Comores, revient sur les raisons et les ambitions de ces projets.
« Les Comores ne peuvent plus rester en marge face à la multiplication des attaques en ligne et des réseaux de contrefaçon. Notre urgence est de protéger nos auteurs et l’ensemble des citoyens. » C’est par ces premiers mots que le commissaire Aboubacar nous a accueillis dans son bureau. Chez nous, les actes de criminalité numérique prennent de l’ampleur chaque jour, avec de nouveaux paysages de menaces. Le gouvernement a ratifié les conventions de Malabo et de Budapest, mais reste le seul pays signataire à ne pas avoir mis en place de structure dédiée selon notre interlocuteur. « Nous n’avons ni centre d’accueil pour les victimes, ni dispositif pour identifier, rechercher ou localiser le piratage informatique. Il est urgent d’agir. » La future brigade contre la cybercriminalité ciblera les fraudes en ligne, l’usurpation d’identité, le phishing et le harcèlement numérique. Mais elle aura aussi une mission éveilleuse : « La brigade devra travailler avec les jeunes et les institutions pour instaurer une véritable culture numérique.»
Le commissaire Abou souligne également l’absence de cadre solide pour protéger les auteurs et créateurs : « Le vide structurel a favorisé l’envahissement de la contrefaçon : faux vêtements, parfums, appareils électroniques, médicaments, diplômes, mais aussi piratage musical et duplication illégale des œuvres artistiques. Les artistes, musiciens et écrivains réclament fréquemment une protection réelle de leurs droits. » La brigade mixte, en partenariat avec l’office comorien de la propriété intellectuelle (OCPI), aura pour mission de protéger les marques, valoriser les brevets et garantir le respect des droits d’auteur. « Certains pirates de marques déposées pourraient même être poursuivis pour crimes à la propriété intellectuelle devant la cour pénale internationale», rajoute-t-il.
Selon le chef de bureau, Interpol Comores accompagnera techniquement et juridiquement la mise en place de ces brigades, conformément à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale de décembre 2000. Les ministères de tutelle assureront la création des structures, tandis qu’Interpol apportera un soutien en matière de renforcement des capacités et un appui logistique. Le commissaire annonce également l’ouverture d’antennes Interpol au port de Moroni, à l’aéroport de Moroni, puis à Anjouan, afin de mieux canaliser et identifier les activités criminelles aux frontières nationales. Il rappelle la mission élargie d’Interpol : « Interpol n’est pas seulement une organisation qui lutte contre les véhicules volés. Nous combattons la criminalité transnationale organisée sous toutes ses formes : trafic de migrants, traite des personnes, trafic de drogues, blanchiment d’argent, trafic d’armes, crimes pharmaceutiques, propriété intellectuelle, cybercriminalité et terrorisme. Ma vision est de réformer l’institution pour que chacun sente l’utilité d’Interpol dans le cadre de la coopération institutionnelle. »
Aticki Ahmed Ismael
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