Une nouvelle inquiétude plane sur l’archipel. Près d’une vingtaine de ressortissants comoriens sont aujourd’hui introuvables après avoir tenté de rejoindre l’Europe par des voies irrégulières. L’alerte, rendue publique le lundi 18 mai dernier depuis la Mauritanie, met en avant une situation opaque où les familles, privées d’informations, oscillent entre espoir et désespoir.
Depuis plusieurs semaines, aucune confirmation officielle n’a permis d’établir le sort de ces jeunes partis en quête d’un avenir meilleur. Aucun survivant identifié, aucune trace formelle, aucun élément concret, seulement une absence prolongée qui alimente l’angoisse. Derrière ces disparitions, il y a des familles plongées dans une attente insoutenable. Parents, frères, sœurs et proches tentent de comprendre, de retracer un parcours devenu flou, et surtout d’obtenir des réponses. Selon les informations recueillies auprès des familles, les disparus auraient emprunté des itinéraires migratoires particulièrement dangereux, reliant l’Afrique subsaharienne aux pays du Maghreb, avant une tentative de traversée maritime vers l’Espagne. Ces routes figurent parmi les plus périlleuses au monde, exposant les migrants aux réseaux de passeurs, aux violences, aux détentions et aux naufrages. « Ils savaient que le voyage était dangereux, mais ils espéraient réussir », confie Salmata Msoili, un proche.
À ce stade, il reste difficile de reconstituer précisément leur itinéraire. Les informations disponibles demeurent fragmentaires et reposent principalement sur les témoignages des familles. Face à cette incertitude, plusieurs proches ont entrepris des démarches dans différents pays de transit, notamment en Mauritanie. « Nous avons essayé de contacter des centres, des autorités locales et des communautés sur place, mais nous n’avons obtenu aucune information fiable », explique un membre de la famille. Malgré l’absence de preuves concrètes, certains éléments troublants continuent d’alimenter l’espoir. Plusieurs comptes de messagerie appartenant aux disparus auraient affiché une activité intermittente après leur disparition. « Par moments, son téléphone apparaît connecté, mais nous n’arrivons pas à le joindre », raconte Mariama Ali, sœur d’un disparu.
Ces signaux restent difficiles à interpréter. « On ne sait pas si ce sont vraiment eux, ni dans quelles conditions ces comptes sont utilisés, mais cela nous empêche de perdre totalement espoir », ajoute un autre proche. Face à cette situation, les familles appellent à une mobilisation des autorités et des organisations concernées. Elles demandent notamment la vérification des centres de détention, la consultation des registres hospitaliers et mortuaires, ainsi que l’examen des opérations maritimes récentes. « Nous avons besoin de réponses, quelle que soit la vérité », insiste un des pères.
Parmi les disparus figurent notamment Mohamed H, Maanloum M, Ahamada M, Kalathoumi Ch, Maoulida R, Athoumani M, Mohamed S, Ismaël S, Ali M, Nasserdine I, Fakri M, Tadjidine H, Mohamed A, Mohamed H et Rabouan R. Très jeunes pour la plupart, certains à peine âgés d’une vingtaine d’années, tous partageaient le même espoir celui d’améliorer leurs conditions de vie et soutenir leurs familles. « Il avait des projets, il voulait simplement aider les siens », se souvient un parent. Aujourd’hui, leurs familles vivent dans une attente douloureuse. « Le plus difficile, c’est de ne pas savoir. On ne peut ni espérer pleinement, ni faire le deuil », confie une mère.
Au-delà de cette disparition collective, cette affaire rappelle le drame des migrations irrégulières. Chaque année, de nombreux migrants disparaissent sans laisser de traces, souvent sans identification officielle. « Derrière chaque disparition, il y a une famille qui attend et une histoire qui risque d’être oubliée », souligne un acteur associatif. Malgré l’absence de réponses, les familles continuent de se battre. « Nous continuerons à chercher tant que nous n’aurons pas de nouvelles », affirme un proche. Leur combat reste le même : savoir, comprendre, et ne pas laisser ces vies sombrer dans l’oubli.
Mohamed Ali Nasra
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