Après des études d’architecture à l’école supérieure des métiers et arts plastiques (ESMAP) à Antananarivo, Mmadi Abdoul Anziz, œuvre depuis dans le secteur du BTP avant de bâtir son entreprise (Construo+MBCconsulting) à Mayotte. Inquiet face à la disparition des patrimoines architecturaux au niveau du pays, il propose des solutions pour la durabilité et efficacité des patrimoines architecturaux, dans une interview accordée à La Gazette des Comores / HZK-Presse.
Question : Le monde actuel est dominé par des avancées technologiques. Quel rôle peut-on retenir de l’architecture contemporaine sur l’architecture traditionnelle concernant leur préservation ?
Mmadi Abdoul Anziz : L’architecture contemporaine a connu une transformation profonde, intégrant des technologies de pointe et des matériaux innovants qui optimisent la durabilité, l’efficacité énergétique et le confort des bâtiments. Cependant, l’architecture traditionnelle conserve une valeur culturelle inestimable et une capacité d’adaptation remarquable aux conditions locales et climatiques. L’approche néo-vernaculaire s’efforce de marier ces deux univers en réinterprétant les styles et techniques de construction traditionnels pour répondre aux exigences modernes, tout en préservant l’identité culturelle et l’héritage architectural. Malheureusement, dans notre pays, l’architecture n’évolue pas au même rythme. La confiance envers les architectes est insuffisante et trop souvent, n’importe quelle personne sachant dessiner peut intervenir dans la conception. Les rôles sont confus : les ingénieurs prennent la place des architectes et les maçons celle des ingénieurs, ce qui crée un désordre professionnel et nuit à la qualité des constructions.
Question : Comment observez-vous l’architecture comorienne ?
MAA : L’architecture comorienne est le reflet d’un riche patrimoine culturel, influencé par des échanges historiques entre l’Afrique, l’Arabie, l’Asie et l’Europe. Elle se distingue par l’utilisation de matériaux locaux tels que la pierre volcanique, le bois et le bambou. Les constructions traditionnelles, conçues pour s’adapter au climat tropical et aux conditions locales, sont simples et fonctionnelles. Malheureusement, cette architecture souffre d’un manque de reconnaissance et de protection institutionnelle. Les ingénieurs assument souvent le rôle des architectes, érodant ainsi l’identité architecturale unique de la région. Pour remédier à cette situation, il est crucial d’établir des lois et des instituions dédiées à la protection et à la valorisation de cette architecture. Nous avons tendance à répéter les mêmes conceptions, rendant les façades de toutes les maisons identiques. Pourtant, il serait bénéfique de diversifier les matériaux pour créer une identité unique. Il existe également des opportunités pour concevoir des hôtels de luxe en utilisant des briques compressée et de la paille, comme l’ont fait nos voisins des Maldives en modernisant leurs techniques de construction traditionnelles.
Question : Pour moderniser le patrimoine architectural, certains démolissent une partie des anciens bâtiments. Pensez-vous que cela est nécessaire ?
MAA : Il est essentiel de restaurer, conserver et intégrer harmonieusement les structures historiques dans notre environnement urbain moderne. La création d’institution et structure de protection, soutenus par l’Etat, est cruciale. Par exemple, l’instauration de permis de démolition et construction contrôlés par l’Etat pourrait empêcher la destruction injustifiée de bâtiments historiques. Sensibiliser la population à l’importance de ce patrimoine et former des professionnels qualifiés pour sa conservation sont également des démarches essentielles. Car notre patrimoine immobilier est en danger, personne ne s’en occupe. Sauf une association basée à Anjouan que je tiens à féliciter. Les autres îles ne font rien, et le ministre du patrimoine se contente de conférence sans agir sur le terrain. Des bâtiments sont détruits quotidiennement dans nos localités, comme à Vouvouni Bambao où des personnes ont décidé de démolir un bâtiment colonial pour construire une mosquée, alors qu’il aurait été possible d’intégrer l’ancien au nouveau. Je recommanderais de créer une association d’architectes homologuée par l’Etat pour être le principal consultant du pays en matière d’expertise. Cela permettrait de renforcer la profession et d’assurer une meilleure gestion de notre patrimoine architectural.
Question : Comment expliquer votre parcours et votre professionnalisme dans le domaine de l’architecture ?
MAA : Mon parcours professionnel a débuté en tant que conducteur de travaux dans une entreprise de revêtement de sols et murs. Par la suite, j’ai occupé le poste de chargé d’opérations immobilières dans un grand groupe avant de rejoindre un bureau d’études techniques en ingénierie BTP en tant que chargé d’affaires. J’ai accumulé une expérience considérable en conception architecturale et en structure de bâtiment. Mon intérêt pour le bâtiment remonte à mon adolescence, où j’ai travaillé sur des chantiers aux côtés de maçons tout en poursuivant mes études jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat. Cette énorme expérience je l’ai vécu à Mayotte, c’est là-bas où j’ai mon entreprise (Construo+MBCconsulting) avec ma femme.
Nassuf Ben Amad
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