Récemment primée au niveau continental, Saïd Halidi Nourou Sitti, journaliste reporter à l’ORTC, a porté haut les couleurs de l'archipel. Entre ingéniosité technique et passion pour le terrain, elle revient sur son prix de l’Union Africaine de Radiodiffusion et partage sa vision d’un métier résolument tourné vers le citoyen.
C’est sur le grand hall de l’Office de la Radio et Télévision des Comores (ORTC) que Nourou Sitti nous reçoit. Sourire et accueil chaleureux, elle nous entraîne dans une salle pour s'isoler du tumulte de la rédaction. Rien, dans son attitude humble, ne laisse deviner qu’elle vient de décrocher le prestigieux Prix UAR du meilleur reportage TV sur le thème « L’Afrique et le défi de la paix ». Le reportage primé s'intitule « La route reliant Salimani à Seleani est en cours ». Tout commence cinq mois plus tôt. Armée non pas d’une caméra sophistiquée, mais d’un simple smartphone, elle se rend à Séléani, un village voisin du sien. Avec l'idée de couvrir un sujet de proximité, la réfection de la route reliant Salimani et Séléani. À cet instant, l’ambition d’un concours international est à mille lieues de son esprit. « Il s’agissait simplement de documenter le quotidien de nos concitoyens pour le JT du soir.», nous confie-t-elle.
Pourtant, ce reportage tourné en trois langues, français, arabe et shikomori, a capté quelque chose d’universel. Elle a su transformer un chantier d’infrastructure en une leçon de paix, prouvant que le désenclavement d’une région est le premier pilier de la stabilité sociale. Quant à son ressenti après l’annonce, elle laisse poindre son émotion en se remémorant la scène sur son lieu de travail. « J’étais aux anges, j’ai sauté de joie », confie-t-elle. Un reportage tourné avec un téléphone dans le Hamahamet a voyagé jusqu'à Banjul et a parlé au continent entier, parce qu'il montrait, simplement, comment la paix se pave, un mètre après l'autre par la volonté puis l'implication des locaux. C’est ce récit authentique qui redonne selon elle, du « goût » à l’information et permet au téléspectateur de se reconnaître dans l’écran national.
Le défi n’était pas que technique. En tant que femme de terrain, elle a dû braver la méfiance de certains habitants envers l’institution étatique. Mais son sang-froid a payé. Sans qu’elle le sache, l’Union Africaine de Radiodiffusion (UAR) a repéré son travail via les canaux de diffusion de la télévision nationale. Comment un sujet d'infrastructure locale dans le Hamahamet devient-il un symbole panafricain de paix ? Sitti Nourou explique que son objectif n'était pas la route elle-même, mais ce qu'elle révèle : une autonomie citoyenne. Ces travaux routiers, ce ne sont pas les budgets de l'État qui ont lancé le chantier, mais les caisses villageoises alimentées par les mariages, complétées par l'appui massif de la diaspora. Le désenclavement étant un levier de stabilité. Une route, c'est l'accès à l'école, aux centres de santé, au marché. C'est la fin de l'isolement qui nourrit les frustrations. Et c'est quand une communauté qui décide de ne plus attendre puis investit pour elle-même, qu’elle construit concrètement la paix, pas dans un séminaire politique, mais avec des pelles et du ciment.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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