Inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO, les médinas des anciens sultanats des Comores se distinguent par un dossier inédit fondé sur un bien en série regroupant six villes historiques et 166 attributs patrimoniaux. Au-delà de cette reconnaissance internationale, les collectivités locales, à l'image d'Iconi, se mobilisent déjà pour transformer ce classement en levier de développement culturel, touristique et économique.
Pourquoi ce dossier est-il unique ? Depuis la création de l'UNESCO, aucun bien n'avait encore été présenté sous cette forme. Plutôt que de proposer une ville unique, les Comores ont fait le choix d'un bien en série composé de six médinas des anciens sultanats, juridiquement liées et reconnues comme un ensemble patrimonial cohérent. Autre singularité,le Centre national de documentation et de recherche scientifique (CNDRS) n'a pas limité son travail à quelques monuments emblématiques. Les équipes ont réalisé un inventaire scientifique exhaustif de 166 attributs patrimoniaux, couvrant aussi bien les espaces publics que les palais, ruelles, cimetières, mosquées, zawiyas, maisons princières et marchés. La répartition de ces attributs illustre la richesse et la diversité de ce patrimoine. Ngazidjaen compte 110, dont 22 à Moroni, 27 à Itsandra, 34 à Ntsoudjini et 27 à Iconi. Ndzouani en totalise 56, répartis entre 32 à Mutsamudu et 24 à Domoni. Si ces médinas partagent une même histoire et une même identité swahilie, chacune possède une organisation urbaine, une architecture et des fonctions qui lui sont propres.
Pour le directeur général du CNDRS et coordonnateur du dossier d'inscription, Dr Toiwilou Mze Hamadi, cette approche innovante explique l'adhésion du Comité du patrimoine mondial. Déposé le 22 janvier 2025, le dossier repose sur une démonstration scientifique mettant en évidence la complémentarité des six médinas. « C'est pour cela que le dossier des Comores est unique au monde depuis la création de l'UNESCO », affirme-t-il. Il rappelle que les médinas des anciens sultanats réunissent un ensemble d'attributs patrimoniaux comprenant les espaces publics, les palais, les ruelles, les cimetières, les mosquées, les zawiyas, les maisons princières et les marchés. « Chaque ville présente des édifices qui se ressemblent tout en se distinguant par leurs fonctions et leurs usages », ajoute-t-il. Au-delà de la reconnaissance internationale, cette inscription ouvre aux Comores l'accès au Fonds du patrimoine mondial et positionne l'architecture swahilie comorienne sur la carte du tourisme culturel mondial.
À Iconi, l'inscription des médinas au patrimoine mondial suscite une vive émotion. Pour le maire de Bambao ya Mboini, Ali Nahouza, cet événement marque une étape historique. « L'inscription prononcée le 25 juillet à Busan constitue, après l'indépendance, le deuxième événement le plus honorable de notre histoire », affirme-t-il. Le maire estime désormais que la priorité consiste à respecter les engagements pris dans le cadre du classement UNESCO. Pour y parvenir, la commune prépare un Plan local d'urbanisme articulé autour de trois axes.
Le premier concerne la protection du patrimoine. Treize gardiens du patrimoine sont actuellement en fonction à Iconi, mais leur effectif devrait être renforcé et structuré afin d'améliorer la préservation des sites. « C'est une politique nouvelle et stratégique qui nous ouvrira également les portes du développement de l'artisanat », explique le maire. Le deuxième axe porte sur la valorisation culturelle avec la création d'un village artisanal au cœur de la médina. « Nous voulons immortaliser notre identité à travers les chants traditionnels, l'art vestimentaire, le twarab ya zamani et les manuscrits anciens. Nous formerons les jeunes d'Iconi et de tout le Bambao afin qu'ils puissent accueillir dignement les visiteurs. Ce sera notre vitrine culturelle », précise-t-il. Le troisième volet est consacré au développement économique. La commune prévoit de former des guides touristiques, des professionnels de la gastronomie locale ainsi que des gestionnaires de sites patrimoniaux.
« Ces formations créeront des emplois et permettront de mieux valoriser notre patrimoine », souligne Ali Nahouza. La municipalité ambitionne également d'aménager le littoral, long de plus de dix kilomètres, avec la création d'espaces verts, d'un espace marchand, le renforcement de la gestion des déchets et l'amélioration de la sécurité. « Nous voulons faire de notre commune une destination attractive, à la hauteur du label UNESCO », affirme-t-il. Conscient que ces transformations nécessitent du temps, le maire assure que les préparatifs sont déjà engagés. « Une telle entreprise ne se réalise pas du jour au lendemain. Nous devons anticiper. Lorsque les financements de l'UNESCO seront disponibles, nous voulons être prêts, voire en avance », conclut-il.
El-Aniou Fatima
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