Préservations, financements et mobilisations diplomatiques. Retour sur deux décennies de démarches pour inscrire les six médinas historiques des Comores sur la liste du Patrimoine mondial de l'humanité.
L'histoire de cette candidature remonte à 2004, lorsqu'une première initiative portée par trois personnalités comoriennes de la diaspora, en l'occurrence Fatima Boyer, Bourhane Abderemane et Abdallah Mirgane, proposait d'inscrire la vieille ville de Mutsamudu au patrimoine de l'humanité. L'année suivante, sous l'impulsion de l'expert français Michel Le Berre, la Commission nationale de l'UNESCO identifiait cinq médinas à inscrire sur la liste indicative : Mutsamudu, Domoni, Iconi, Itsandra et Moroni. C'est finalement en janvier 2007 que l'État comorien a soumis officiellement cette série de six sites a l'organisation internationale, un élan appuyé dès 2006 par la création à Paris du Collectif du Patrimoine des Comores, réunissant des membres de la diaspora et des partisans de la cause culturelle comorienne.
Après une période de structuration marquée, entre 2008 et 2020, par la succession de nombreuses missions d'experts internationaux et français venus inventorier, évaluer et documenter les sites, le gouvernement comorien a décidé de relancer officiellement le processus en 2018. La coordination du projet était alors confiée à l'architecte-conseil Suzanne Hirsch. Un tournant décisif a été amorcé en 2021 avec la création de comités scientifiques, de gestion et de pilotage, doublée par l'adoption de lois nationales visant à protéger le patrimoine et à lutter contre le trafic illicite de biens culturels.
La démarche s'est ensuite accélérée grâce au soutien financier de l'ambassade de France en Union des Comores. En 2023, le projet intitulé « les sultanats historiques des Comores au patrimoine mondial de l'humanité » a permis de financer sept dernières études cruciales destinées à enrichir le dossier technique. Ces efforts ont porté leurs fruits au début de l'année 2025 : le dossier a été déposé le 30 janvier auprès de l'Unité Afrique du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO, avant que le président Azali Assoumani ne remette officiellement le document a la directrice générale de l'organisation, Audrey Azoulay, le 11 février 2025 à Paris.
À l'automne 2025, l'ambassade de France a mis en place un programme de coopération de 959 000 euros. Ce plan d'action visait en premier lieu la rénovation complète du Palais d'Ujumbe a Mutsamudu, cofinancée par la fondation ALIPH, destinée a devenir le symbole de la coopération franco-comorienne. Il prévoyait également la professionnalisation des acteurs locaux avec la création d'une mention complémentaire en restauration (maçonnerie, taille de pierre, menuiserie) au sein de l'enseignement technique, ainsi que la formation de chercheurs via des bourses de Master professionnel et de doctorat. Enfin, ce programme inclut la création d'un fonds dédié au développement d'activités économiques en lien direct avec les sites classés.
Cet engagement de long terme s'est définitivement concrétisé lors de la 48e session du Comité du patrimoine mondial organisée à Busan, en Corée du Sud, où les médinas des sultanats historiques des Comores ont été officiellement inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Cette décision a marqué un tournant historique pour l'Union des Comores, qui a vu ainsi son tout premier bien culturel accéder à ce statut et rejoindre l'héritage commun de l'humanité.
La Rédaction
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC