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des Comores

Portrait : Thourayat, une communicante au service de l’agriculture

Portrait : Thourayat, une communicante au service de l’agriculture © : HZK-LGDC

De la communication à l’agriculture, Thourayat Soilihi a transformé son parcours en engagement. Spécialisée dans la multiplication des bananiers, cette mère de trois enfants mise désormais sur la transmission des savoirs pour contribuer à l’emploi et à la sécurité alimentaire.


Mère de trois enfants et originaire de Domoni, à Anjouan, Thourayat Soilihi obtient en 2008 une licence en communication à l’Université des Comores-Patsy. Mais ce diplôme ne lui ouvre pas immédiatement les portes professionnelles qu’elle espérait. Commencent alors plusieurs années faites de petits métiers, d’expériences diverses et de patience. Discrète de nature, elle avance sans bruit, sans jamais renoncer. Il aura fallu beaucoup de temps pour la convaincre de raconter une partie de son parcours professionnel. Cette période marque progressivement ce qu’elle décrit comme une véritable « conversion intellectuelle ». Elle comprend que l’engagement peut prendre plusieurs formes et que les compétences acquises peuvent être réinvesties dans d’autres domaines. En 2024, une nouvelle opportunité se présente avec son intégration au projet CVA, consacré au développement des chaînes de valeur agricoles. En 2026, elle devient titulaire et consolide une nouvelle identité professionnelle : technicienne supérieure spécialisée dans le PIF, les Plants issus de fragments, une technique de multiplication des bananiers sans recours au laboratoire.

De la communication à la multiplication végétale, le changement peut sembler radical. Pourtant, le fil conducteur reste le même : transmettre, former et contribuer à la transformation de la société. Cette trajectoire rejoint la pensée du sociologue français Alain Touraine, pour qui une société ne se transforme pas uniquement sous l’effet des institutions ou des grandes décisions, mais aussi grâce à l’action d’acteurs capables de prendre en main une partie de leur propre histoire. Thourayat semble avoir fait de cette idée une pratique quotidienne. Elle n’attend plus seulement que le développement arrive : elle contribue à le construire. « Une des figures féminines qui laisse un bon exemple à suivre », souligne Irfane Djohar, chargé de communication du projet CVA. Très discrète, Thourayat préfère d’ailleurs parler du collectif plutôt que d’elle-même. Son engagement, elle le résume simplement : « la lutte contre la famine et la promotion de l’agriculture ».

Sous sa supervision, plusieurs femmes ont été formées à la culture du bananier. Des centaines de plants sont aujourd’hui issus de cette dynamique. Derrière ces chiffres se trouvent des marchés approvisionnés, des foires agricoles, des familles qui consomment des produits locaux et de nouvelles possibilités de revenus. « Ma grande fierté, c’est de me voir au front contre la famine et pour la création d’emplois par le transfert des compétences », confie-t-elle. Plus d’une dizaine de foires et de marchés ont déjà accueilli ses productions. « Des milliers de foyers ont consommé ce qui est produit par mes propres mains. C’est ce que j’appelle ; lutter contre la famine », explique-t-elle. Dans les CERDE, notamment à Bambao Mtsanga, Thourayat a progressivement trouvé sa place dans le paysage agricole. Ailleurs, elle s’est également fait apprécier de ses collègues pour sa curiosité et son envie constante d’apprendre.

À Pomoni, récemment, elle participait avec d’autres techniciens à une formation consacrée à l’identification et au traitement des maladies du manioc. Même lorsqu’elle maîtrise une technique, elle continue de se former et d’élargir ses connaissances. Elle souligne également le rôle de son mari, maçon, dans cette aventure. « Notre réussite repose sur un soutien mutuel. C’est un formidable compagnon », témoigne-t-elle. Puis elle livre sa propre philosophie : « La voile que doit vraiment porter une femme est celle qui l’accompagne à gagner sa vie sans désordre. » Interrogée sur le sens de cette phrase, elle répond : « Reposer sa confiance sur le pouvoir divin. » Thourayat ne prétend pas changer le monde en un jour. Elle le transforme autrement : un plant après l’autre, une femme formée après l’autre, une récolte après l’autre. Dans cette action discrète se dessine une conviction simple : une société commence à changer lorsque ses femmes et ses hommes décident de devenir eux-mêmes des acteurs du changement.

Younes

 


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