Menacée de fermeture, étranglée financièrement et rendue responsable de dysfonctionnements qu’elle ne maîtrise pas, la Caisse de prévoyance sociale de Mohéli traverse une crise profonde. En toile de fond, une gestion ultra-centralisée à Moroni qui met à nu de graves inégalités territoriales et compromet le droit à la protection sociale de milliers de travailleurs mohéliens.
La Caisse nationale de solidarité et de prévoyance sociale (CNSPS) de Mohéli traverse une crise sans précédent qui met sérieusement en danger l’accès à la protection sociale sur l’île. Institution clé de la solidarité nationale, la CNSPS a pour mission de garantir une couverture sociale aux travailleurs. Pourtant, la direction régionale de Mohéli se retrouve aujourd’hui, selon une source digne de foi, sous la menace d’une fermeture pure et simple, conséquence directe d’un système de gestion fortement centralisé à Moroni, jugé injuste par les agents et les assurés de l’île. Récemment nommé, le Directeur général de la CNSPS a exigé une augmentation rapide et significative du nombre d’employeurs affiliés à Mohéli afin d’accroître les recettes issues des cotisations. Faute de résultats immédiats, il a brandi des mesures radicales : fermeture de la caisse régionale, licenciement du personnel ou réduction drastique des salaires. Une annonce qui a suscité incompréhension et colère à Mohéli, où les agents estiment être injustement tenus pour responsables d’une situation qu’ils ne contrôlent pas.
Dans les faits, les principaux employeurs présents sur l’île – grandes entreprises publiques et privées, banques et sociétés nationales – versent leurs cotisations directement à Moroni. La CNSPS régionale de Mohéli ne perçoit donc que les contributions des petits employeurs locaux, tels que les commerçants, écoles privées, stations-service ou pensions. Or, ces structures, souvent économiquement fragiles, peinent à s’affilier de manière régulière. À cela s’ajoute l’absence de moyens coercitifs efficaces pour faire respecter les obligations légales, accentuant la faiblesse chronique des recettes locales.
Institution publique dotée d’une autonomie administrative et financière, la CNSPS est structurée autour d’une direction générale basée à Moroni et de directions régionales dans chaque île. Elle gère plusieurs régimes de prestations sociales, notamment les accidents du travail, les maladies professionnelles et, en principe, l’assurance maladie. Son financement repose principalement sur les cotisations patronales. À l’origine, la CNSPS de Mohéli disposait d’un compte propre garantissant une certaine autonomie financière. Mais de nouvelles directives ont instauré un système de sous-comptes régionaux qui, en pratique, n’ont jamais été correctement alimentés. La caisse régionale dépend désormais de transferts irréguliers en provenance de Moroni, transformant son fonctionnement en une véritable « mendicité administrative ».
Les conséquences sont lourdes : plusieurs mois de salaires impayés, des services essentiels paralysés et un budget dérisoire de 50 000 francs comoriens accordé en sept mois. Au-delà de l’asphyxie financière, cette crise soulève une question fondamentale d’égalité entre les îles, révélant une gestion à deux vitesses qui fragilise durablement la protection sociale à Mohéli et met à mal le principe même de solidarité nationale.
Riwad
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