Le tribunal correctionnel de Moroni a examiné hier, 16 juillet, l'affaire de quatre ressortissants tanzaniens poursuivis pour trafic illicite de migrants. Interpellés en mars dernier, en plein mois de ramadan, par la garde-côte au large de Mohéli, les quatre hommes ont comparu devant les juges et nié les faits qui leur sont reprochés. Le ministère public a requis l'application stricte de la loi. Le verdict est attendu jeudi prochain.
Devant la barre, assistés d'un greffier faisant office d'interprète, les prévenus ont maintenu une défense constante. Ils se sont présentés comme de simples pêcheurs victimes d'une avarie moteur et de conditions météorologiques défavorables qui les auraient conduits involontairement dans les eaux maritimes comoriennes. « Nous avons eu un problème de moteur, ensuite, avec une tempête, nous nous sommes retrouvés aux Comores », a expliqué l'un des quatre détenus. Poursuivant son récit, il a affirmé avoir tenté d'obtenir de l'aide en mer. « Nous avons vu des pêcheurs comoriens à trois reprises, ils ont refusé de nous porter assistance. Au quatrième jour, la police nous a appréhendés », a-t-il précisé. Une version que le parquet conteste. Dans ses réquisitions, la substitut du procureur a développé trois points majeurs pour étayer l'accusation de trafic illicite de migrants.
Le premier point porte sur le lieu de l'interpellation. Selon les enquêteurs de la brigade spécialisée, les quatre hommes n'ont pas été arrêtés dans une zone de pêche traditionnelle, mais dans un couloir maritime connu pour être utilisé par les réseaux de passeurs afin de faciliter leur trafic et d'échapper à la surveillance de la garde-côtes. Un secteur sous haute surveillance, qui, selon le ministère public, ne relève pas du hasard. Le deuxième point concerne une coïncidence temporelle jugée troublante. La représentante du ministère public a souligné que le jour de l'interpellation coïncide avec la date à laquelle un groupe de migrants d'origine congolaise a été retrouvé à Mohéli. Pour l'accusation, cette simultanéité ne saurait être fortuite et accrédite la thèse d'une opération coordonnée de débarquement clandestin dans l'archipel.
Le troisième point, porte sur le contenu de l'embarcation. Loin de correspondre à l'équipement habituel de pêcheurs artisanaux, le bateau contenait soixante bidons de gasoil, une quantité jugée largement excessive pour une sortie en mer, ainsi que des objets personnels atypiques : un peigne, un miroir, près de cinq kilogrammes de riz et divers autres effets. Fait relevé par le parquet, aucune prise de poisson n'a été retrouvée à bord, alors même que les prévenus soutiennent avoir prévu de passer douze jours en mer pour pêcher. Pour le ministère public, l'ensemble de ces éléments constitue un faisceau d'indices précis et concordants. La logistique mise en place, l'absence totale de poisson, la nature des effets personnels embarqués et la durée annoncée de douze jours passés en mer démontrent, selon elle, une préparation incompatible avec une activité de pêche.
Au regard de ces charges, la substitut du procureur a requis l'application rigoureuse des textes en vigueur. Elle a rappelé que l'article 3 de la loi relative à la répression du trafic illicite de migrants punit cette infraction d'une peine de quatre ans d'emprisonnement ferme assortie d'une amende comprise entre 20 et 80 millions de francs comoriens. Le tribunal, après avoir entendu les deux parties, a mis l'affaire en délibéré. Le verdict est attendu le 30 juillet prochain. D'ici là, les quatre prévenus restent en détention provisoire.
El-Aniou Fatima
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