La Gazette

des Comores

Un fiasco à 56 millions d’euros nommé Galawa

Un fiasco à 56 millions d’euros nommé Galawa © : HZK-LGDC

Ancien fleuron du tourisme national, le Galawa devait renaître de ses cendres grâce à un investissement colossal de 56 millions d’euros. Mais aujourd’hui, force est de constater que le rêve vire au cauchemar. Après avoir encaissé plus de 17 millions d’euros, l’entreprise Elsewedy a quitté le pays, laissant derrière lui un chantier qui n’affiche que des structures brutes et des fondations inachevées. La lune de miel avec le groupe égyptien recommandé par Abdel Fattah al-Sisi à la demande d’Azali Assoumani, semble bel et bien terminée, et Moroni doit désormais rembourser le prêt à Afriximbank.


 

 

Sur le terrain, le constat est amer. Les pelleteuses se sont tues, et les travaux, lancés début 2023, sont à l’arrêt total depuis début 2025. Les clôtures du chantier sont encore débout. A l’intérieur, la nature reprend allègrement ses droits. A ce jour, le projet a englouti plus de 17 millions d’euros, soit plus de 8 milliards de nos francs, mais le site ne présente que des structures en béton brut et des fondations inachevées, bien loin du palace tropical promis. Plus inquiétant encore, les matériaux de construction seraient bradés. Une indice supplémentaire, s’il en fallait encore une autre, que l’entreprise n’est pas partie pour revenir, du moins pas de sitôt, malgré les assurances de ses interlocuteurs locaux.

 

Le résultat est loin des attentes présidentielles. Selon nos informations, le président Azali Assoumani serait aujourd’hui « très furieux » de la tournure des évènements, pour un hôtel qui devait être inauguré en 2024 et profiter aux Jeux des îles de l’Océan Indien de 2027. Il en voudrait notamment aux coordonnateurs du projet pour n’avoir pas su sécuriser l’exécution des travaux et anticiper le départ du prestataire.

 

Car, au-delà du chantier actuel, l’hôtel Galawa a longtemps été bien plus qu’un simple établissement de luxe. Il était le symbole du rayonnement touristique des Comores. Inauguré en 1988, ce fleuron de 280 chambres était le deuxième employeur du pays après l’État, attirant les plus grands tour-opérateurs et des liaisons aériennes prestigieuses. Ce joyau a fermé ses portes en 2002 avant d’être complètement rasé sept ans plus tard par décision du président Sambi.

 

L’espoir renaît en 2019 lors de la Conférence des bailleurs à Paris. L’idée de relancer l’hôtel se concrétise et, contrairement aux procédures habituelles, c’est chef de l’État qui a personnellement sollicité son homologue égyptien pour qu’il lui recommande une entreprise égyptienne « sérieuse » capable de mener à bien ce chantier d’envergure. Suite à cet échange qui a eu lieu au Caire, la capitale égyptienne dont Azali est un grand habitué, le président égyptien a présenté le PDG du groupe Elsewedy Electric à son homologue comorien.

 

Après cette mise en relation au sommet de l’État, le groupe Elsewedy, via sa filiale Rowad, est retenu pour la reconstruction, bien qu’aucun appel d’offres n’ait été lancé pour sélectionner l’entreprise. Parallèlement, des discussions avancées sont engagées avec le groupe Marriott International pour l’exploitation. Marriott est alors impliqué dès les phases de conception afin d’intégrer ses standards techniques et fonctionnels dans la construction.

 

Le cadre du projet est formalisé le 21 décembre 2020 par une convention d’établissement entre l’État comorien et Elsewedy pour la conception, l’approvisionnement, la construction et le financement d’un hôtel de standing international pour 56 millions d’euros. Ces fonds reposent sur un accord de financement avec Afreximbank pour réaliser le projet de l’État. Dans ce cadre, Moroni a émis deux billets à ordre ordonnant à la banque de payer deux factures à Elsewedy d’un montant de 9 509 297,04 euros. Ce sont ces sommes ajoutées à l’avance de démarrage de 7 742 323 euros, que l’État comorien s’est engagé à rembourser. Depuis mai 2025, l’État a en effet commencé à rembourser le prêt d’un hôtel qui n’existe pas, à raison de 475 464 euros par trimestre.

 

Face à l’impasse, une option pour le moins osée est évoquée : céder le projet, le site y compris, à Elsewedy. Si les proches du groupe égyptien y voient une chance de relance rapide, le milieu économique, lui, s’y oppose fermement. Les critiques sont acerbes : Elsewedy a déjà absorbé une part importante des fonds sans livrer d’infrastructure exploitable, et une telle cession entrainerait, de l’avis de ceux qui s’y opposent, une perte totale de souveraineté sur un actif national stratégique.

 

Ce nouveau revers laisse un goût de déjà-vu particulièrement amer. Il faut rappeler qu’avant Elsewedy, le groupe émirien Armada s’était lui aussi positionné sur le site mythique du Galawa. En 2018, une présentation en fanfare d’une maquette luxueuse avait fait briller les yeux de tous. Pourtant, aucune activité concrète n’a jamais suivi. Aujourd’hui, face à ce nouveau naufrage signé Elsewedy, la recommandation posée sur la table du chef de l’État est désormais de confier la coordination de la relance à la Chambre de commerce.

 

Selon nos sources, cette dernière préconise une rupture avec le modèle actuel en explorant la voie d’un partenariat public-privé. L’objectif serait de créer une société de projet impliquant l’État, des investisseurs privés et des institutions financières locales. En misant sur cette approche, la Chambre espère mobiliser des capitaux locaux et garantir une gouvernance partagée. Plutôt que de s’en remettre à des séances de prières « pour conjurer le mauvais sort » comme le préconise l’entourage du groupe égyptien, cette nouvelle approche permettrait de transformer un fiasco en symbole de réussite collective.

 

Toufé Maecha

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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