Accusée sur les réseaux sociaux d’avoir été victime d’agression sexuelle en détention, une prisonnière de la maison d’arrêt de Moroni dément catégoriquement ces allégations. Elle affirme en revanche avoir été victime d’une escroquerie impliquant une surveillante, une affaire désormais entre les mains de la justice.
Cela fait plus d’une semaine que les réseaux sociaux évoquent le cas d’une détenue de la maison d’arrêt de Moroni qui aurait été « victime d’agression sexuelle et mise enceinte ». Face à l’ampleur de ces publications, La Gazette des Comores s’est rendue sur place afin de recueillir le témoignage de la présumée victime. Elle s’appelle Chamsia Ahamada, mère d’un enfant de quatre ans et demi. Interrogée sur l’affaire qui circule en ligne, Chamsia Ahamada répond d’un ton étonné, « cette histoire est totalement fausse » affirme-t-elle calmement. « Cela fait deux ans et quatre mois que je suis à la maison d’arrêt de Moroni. Je n’ai jamais été victime d’agression sexuelle ni été enceinte », précise-t-elle. Vêtue d’une djellaba et d’un châle, la détenue livre une autre version des faits. Elle affirme avoir été victime d’une escroquerie impliquant, selon ses dires, une gardienne nommée Kanisa, originaire de la région de Mitsamiouli.
D’après son récit, quelques mois après son incarcération, cette surveillante lui aurait proposé une sortie anticipée de prison. « Elle m’a expliqué qu’avec un certificat médical, je pouvais sortir, mais qu’il fallait payer 50 000 francs comoriens pour le médecin de la prison », relate-t-elle. Après en avoir discuté avec son époux lors d’une visite, ce dernier aurait accepté et lui aurait remis la somme, qu’elle dit avoir transmise en main propre à la gardienne. Un mois plus tard, sans nouvelle, Chamsia dit avoir relancé l’agente. « Elle m’a alors demandé 300 000 francs comoriens de plus », indique la détenue, précisant avoir de nouveau remis l’argent après en avoir discuté avec son mari. Quatre mois après, toujours aucune libération. Le mari de Chamsia aurait alors interrogé directement le médecin de la prison. « Étonné, le médecin lui a dit qu’il ignorait toute l’histoire », rapporte-t-elle. C’est à ce moment que le couple dit avoir compris qu’il avait été victime d’escroquerie.
Son mari aurait ensuite contacté la surveillante par téléphone. « À chaque appel, elle expliquait qu’il fallait patienter, qu’il manquait juste la signature du procureur général » assure-t-elle. Lors d’une visite officielle à la prison en présence du procureur général, de la procureure de la République et du ministre de l’intérieur, le magistrat aurait rappelé aux détenues leurs droits et les aurait encouragées à dénoncer tout acte illégal. « J’en ai parlé à mon mari et je lui ai suggéré d’aller voir le procureur général pour lui expliquer l’escroquerie », raconte-t-elle. Son époux s’y serait rendu et aurait déposé plainte. La détenue affirme ne pas être la seule concernée : « J’ai appris qu’il y avait deux autres femmes et des prisonniers aussi, j’ignore le nombre exact ».
Chamsia estime que la rumeur d’agression sexuelle vise à « salir son nom et celui de sa famille ». Elle évoque aussi un agent de sécurité prénommé Saïd, cité dans les publications en ligne comme l’auteur présumé des faits. « Mon mari avait une relation commerciale avec lui pour des panneaux solaires. Il lui avait demandé de récupérer l’argent auprès de Kanisa, puisque je n’ai jamais été libérée comme promis. Elle n’a jamais remis l’argent à Saïd », explique-t-elle. Contacté, le procureur général confirme avoir reçu l’époux de Chamsia. « Il m’a indiqué que lui et sa femme se disent victimes d’une escroquerie. À la suite de ces éléments, le parquet a ouvert une information judiciaire et nous avons entendu Chamsia », précise-t-il. Selon le magistrat, la rumeur d’agression sexuelle proviendrait d’un détenu condamné à mort, qui l’aurait confiée à une journaliste lors d’une visite, avant qu’elle ne soit relayée sur Facebook.
El-Aniou Fatima
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