Dans son agence ComTour, nichée rue de la Corniche à Moroni, à deux pas de C La Vie, Soulaimani Abdallah Ben Maliki, dit Soulé, nous reçoit sourire aux lèvres entre photos de ses expéditions et carnets de terrain. Cinq ans après avoir fondé sa structure, ce guide touristique devenu entrepreneur nous raconte un parcours né de la passion pure pour son archipel.
Tout part d'une habitude simple. Chaque week-end, Soulé embarquait ses amis à la découverte d'une crique, d'un village, d'un sentier oublié. « Moi, de nature, je suis un aventurier dans l'âme. Mes îles, je les porte en moi. Quand j'ai commencé, je me suis immédiatement reconnu dans cette voie, et j'ai su que c'était fait pour moi. Ça fait partie de qui je suis. », confie-t-il. Ce n'était pas un business plan, mais une pulsion. Des amis étrangers, témoins de son enthousiasme, l'ont poussé à croire que cette passion pouvait devenir métier. Au pays, constatait-il, peu de Comoriens occupaient le terrain du guidage touristique. Il a voulu combler ce vide. Un mois d'essais concluants, des retours élogieux, et le déclic est devenu évident. Les débuts de ComTour, il y a cinq ans, n'ont rien d'une carte postale. Originaire d'Anjouan, Soulé connaissait mal certains tracés de Ngazidja, et encore moins ceux de Mohéli. « On se perdait, on arrivait en retard, on s'organisait mal. »
La formation s'est faite sur le terrain. Le modèle est venu d'ailleurs, en observant la Tanzanie et Madagascar, notamment leur rigueur du sur-mesure. « Peu à peu, ponctualité, sécurité et écoute sont devenues des dogmes. » En cinq ans, son regard a changé, selon lui, le tourisme local, longtemps informel, s'ouvre, se structure, et assume sa niche, celle d'un tourisme durable et authentique. Aujourd'hui, la signature ComTour tient en deux mots : randonnée et histoire. Entre les volcans de Ngazidja, les plantations d'ylang d'Anjouan, et les plages de ponte de Mohéli, l'agence revendique plus de quatre-vingts itinéraires tracés, testés, balisés. Son crédo, “le sur-mesure et le durable”, loin du tourisme de masse. Pour les internationaux, il décode les mythes, traduit les us et coutumes, ralentit le pas. Pour les locaux, surpris de redécouvrir leur pays, il pousse l'anecdote, l'histoire familiale, la toponymie.
Deux discours, une même exigence. Celle de marcher pour comprendre. Cette double lecture a mené son agence ComTour, jusqu'au Salon International du Tourisme de Madagascar, qui s'est déroulé cette année du 12 au 14 juin, vitrine régionale où il a pu porter la voix de notre archipel. Comment connaître chaque recoin de quatre îles ? En les arpentant. Le guide ne compte plus les heures de marche, les bivouacs, les discussions avec les anciens pour retrouver un chemin colonial effacé. Sa journée type commence à l'aube par un briefing, une vérification météo au Karthala, un appel aux piroguiers de Nioumachoua, puis des kilomètres à pied, carnet en main. Directeur le matin, guide l'après-midi, et conteur le soir. Quand on lui demande de résumer l'archipel, il hésite, puis avec un sourire qui dit tout de son attachement, il lâche : « Je dirais un petit paradis sur terre ». Chez Soulé, le tourisme n'est pas un produit. C'est une manière d'habiter ses îles.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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