L’affaire de viol présumé impliquant une fillette de 13 ans à Gynadoboueni connaît un rebondissement majeur. Deux certificats médicaux, établis par la gynécologue Dr Soumaya Ahamada Soilihi, concluent qu’aucune agression sexuelle n’a été commise et que l’enfant n’est pas enceinte. De son côté, la procureure de la République près le tribunal de Moroni indique que la mineure a reconnu avoir menti sous la contrainte. Trois femmes sont désormais poursuivies pour plusieurs infractions, dont dénonciation calomnieuse.
Selon les éléments médicaux versés au dossier, un premier certificat daté du 7 avril atteste que la fillette de 13 ans n’a jamais été victime de viol. Un examen échographique réalisé le 3 avril confirme également l’absence de grossesse. Ces conclusions viennent contredire les accusations initiales portées contre le père de l’enfant. Entendue par la procureure de la République, Saidatte Fatuma Said Boina, la fillette est revenue sur ses déclarations. Elle affirme avoir été poussée à mentir. « Elle m’a expliqué qu’on lui avait demandé d’accuser son père sous prétexte qu’il sera libéré vu qu’il était en détention », rapporte la magistrate. Selon ses propos, des femmes de son entourage lui auraient fait croire que ces accusations faciliteraient sa libération et lui permettraient de le revoir.
Dans ce dossier, deux femmes originaires de Babadjani, Fatima Assoumani et Maoulida Ahamada, sont poursuivies pour détournement de mineure. D’après le parquet, elles auraient emmené la fillette, sans autorisation de sa tutrice, vers un lieu inconnu. Sur place, elles lui auraient demandé d’uriner dans un bocal. Toujours selon le témoignage de l’enfant, les deux femmes l’auraient conduite chez une personne âgée à Babadjani, sous prétexte de soigner un paludisme. L’échantillon d’urine aurait ensuite été remis à Faouzia Ahamada, aide-soignante dans le village, qui se serait présentée comme infirmière. Cette dernière aurait alors affirmé que l’enfant était « violée » et « enceinte ». Elle est poursuivie pour usurpation de titre, faux témoignage et diffamation.
La fillette, qui vit à Gynadoboeni avec sa grand-mère paternelle, est issue de parents divorcés. Sa mère est originaire d’Anjouan, tandis que son père est natif de Gynadoboeni et de Tsidjé. Ce dernier avait été interpellé par la police municipale avant d’être transféré à la gendarmerie nationale. Selon la procureure, le père serait impliqué dans un conflit foncier avec un membre de sa famille, qui lui contesterait l’accès à un terrain hérité. Toutefois, les motivations exactes de cette affaire restent à éclaircir. « La mère de l’enfant nous a indiqué que les relations avec le père restent apaisées malgré leur séparation », précise la magistrate, ajoutant que les deux parents ont été entendus.
L’enquête se poursuit. La procureure a annoncé que plusieurs acteurs, dont le cadi, le chef du village et des agents de la police municipale, seront auditionnés. Elle déplore une gestion qu’elle qualifie d’« irrationnelle » et « immature ». « Au lieu de rechercher la vérité, certains ont contribué à propager de fausses informations », regrette-t-elle. Insistant sur la gravité des faits, elle appelle à la responsabilité collective : « Il s’agit de la vie d’un enfant. Il est impératif de cesser de porter atteinte à sa réputation. » Le parquet assure que toutes les personnes impliquées seront entendues et qu’un dossier unique sera constitué afin de faire toute la lumière sur cette affaire. « L’action judiciaire suivra son cours », conclut la procureure.
El-Aniou Fatima
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