Lors d'un atelier de deux jours à Anjouan le week-end dernier sur la violence basée sur le genre, l’ONG Hifadhui montre que le fléau a pris une tournure alarmante ces deux dernières années avec 08 cas d’assassinats dans l’ensemble des trois îles.
Le cas de la femme poignardée par son mari et la fille de 15 ans égorgée par un groupe d’hommes à Nyoumakele en avril 2020 ont fait l’objet de cet atelier de deux jours sur les violences basées sur le genre (VBG). Dans cette histoire, les coupables jugés par contumace avaient pris la fuite et un seul a été attrapé et transféré à la prison de Koki. « Les causes de ce fléau national sont nombreuses et complexes dont entre autres, l’absence de dialogue entre parents et enfants, la dépendance à l’alcool et à la drogue mais aussi et surtout la vulnérabilité des femmes reléguées toujours au dernier plan dans les ménages », lit-on dans une note publiée par l'ONG Hifadhui.
Le harcèlement et les agressions sexuelles ne sont pas moindres. Le droit de canapé n’échappe pas à cette panoplie. « Les raisons les plus avancées sont souvent d’ordre socio-économique et/ou d’insuffisance des moyens de prise en charge médicale, psychologique et juridique durant la durée du procès, tout au moins. Il convient de souligner que plusieurs mères déclarent avoir subi ou avoir pris connaissance de violences physiques », poursuit-il.
Selon l’ONG, l’appareil judiciaire comorien n’est pas exempt des critiques. La perte de confiance des victimes, la pression socio-traditionnelle encouragent dans une autre forme de violence qui transforme des jeunes mineurs en des proies privilégiées des pervers sexuels, qui gagnent souvent une fois l'affaire envoyée à la justice. « Nous savons plusieurs cas d'affaire étouffée par des pressions sociales et des arrangements à l'amiable », témoigne une des bénéficiaires de la formation. Sous le sceau de l'anonymat elle confie une histoire d'une jeune de 22 ans violée par le mari de sa grande sœur, un maitre coranique. L'affaire serait déclarée à la cellule d'écoute.
Cette formation était l’occasion pour l’ONG de faire un petit bilan sur la VBG. A Ngazidja, avec le fameux mot « Tsodaza » qui peut signifier trouvons un terrain d'entente, l’île a enregistré quand-même 5 cas de femmes victimes de violences conjugales, 3 agressions sexuelles de mineurs dont une fille de 14 ans enceinte de son oncle et une autre fille par son maitre coranique. 6 harcèlements en milieu scolaire et 3 abandons d'enfants. A Anjouan, avec "Nariruwe", car le mari peut quitter la maison ou tonton ne soutiendra plus la famille et/ou autre raison traditionnelle, la liste est de 8 femmes victimes de violences conjugales, 5 agressions sexuelles de mineurs dont une fille de 15 ans enceinte de son grand père, 4 harcèlements en milieu scolaire et 5 abandons d’enfants. A Mohéli, l’ONG enregistre 5 femmes victimes de violences conjugales, 2 agressions sexuelles de mineurs dont une fille de 14 ans enceinte de son oncle et 7 harcèlements en milieu scolaire.
Nabil Jaffar
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