La chercheuse Rasha Ali Ahmed, ingénieure de recherche à l’INRAPE, a présenté le 14 août dernier à l’Alliance française de Moroni des résultats consacré à une mise garde pour la filière ylang-ylang. Le choix de l’énergie utilisée pour la distillation, bois ou pétrole, quelle option garantir une huile de bonne qualité ?
Cette conférence s’inscrit dans une série d’initiatives scientifiques et culturelles lancées par l’ambassade de France en Union des Comores, en partenariat avec l’INRAPE, le CNDRS et l’Alliance Française de Moroni. L’objectif est de créer un espace de dialogue entre chercheurs, institutions et grand public autour des enjeux de recherche et du développement durable. Fruit d’une collaboration étroite entre la Faculté des Sciences et Techniques (FST) de l’Université des Comores et l’INRAPE, l’étude s’est appuyée sur une enquête de terrain à Mohéli et sur six distillations expérimentales menées dans des conditions identiques sur le site de l’entreprise « Le Paysan Mohélien », à Itsamia. Trois distillations ont été réalisées au bois, trois au pétrole, permettant une comparaison rigoureuse. Les analyses physico-chimiques ont été conduites au laboratoire de l’INRAPE, tandis que le profil chromatographique complet avait été confié à un laboratoire français. Une dépendance appelée à disparaître car l’INRAPE dispose désormais des équipements nécessaires pour réaliser ces analyses en interne, renforçant l’autonomie scientifique nationale.
Les résultats révèlent que le bois de chauffe permet d’obtenir davantage d’huile essentielle à partir de la même quantité de fleurs. L’huile produite est légèrement plus dense, signe d’une bonne qualité olfactive, et plus riche en esters, des composés très recherchés en parfumerie fine. Sur le plan environnemental, le bois présente aussi un avantage climatique, à condition que la ressource forestière soit gérée de manière responsable et que des foyers améliorés soient utilisés pour limiter les émissions. Le pétrole domestique, de son côté, offre une combustion plus régulière et une meilleure maîtrise du procédé. Sa stabilité permet aux distillateurs de reproduire plus facilement les conditions de distillation, garantissant une répétabilité appréciée dans un contexte de production. Sur l’ensemble des composés de référence utilisés pour authentifier l’huile d’ylang-ylang, les deux méthodes donnent des résultats très proches : qu’elle soit distillée au bois ou au pétrole, l’huile reste conforme au profil attendu de l’ylang-ylang comorien.
Selon la chercheuse, le bois apparaît comme le plus performant et durable, sous réserve d’une gestion forestière responsable, tandis que le pétrole conserve sa pertinence là où priment stabilité et régularité. A la fin, elle recommande des pistes hybrides combinant les deux énergies, ainsi que la création d’un label de « distillation durable » qui valoriserait les pratiques respectueuses de l’environnement et de la qualité. La filière ylang-ylang représente environ 20 % des exportations comoriennes et fait vivre près de 10 000 personnes. Le travail de Madame Rasha Ali Ahmed « Sciences agricoles et valorisation des produits de rente », a été dirigé par le Dr Chakira Abacar Soilihi (Université des Comores) et le Dr Irchad Ahmed (INRAPE). Il a bénéficié du soutien du laboratoire LAR2SN de la FST et de l’appui financier de l’ambassade de France.
Aticki Ahmed Ismael
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